Huon de Kermedan - Demande d’un poste de réviseur sur les grands chemins (1754)
Mercredi 13 mai 2026, transcription de .
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Collection personnelle de Jean-François Coënt.Citer cet article
Collection personnelle de Jean-François Coënt, transcrit par Jean-François Coënt, 2026, en ligne sur Tudchentil.org, consulté le 8 juin 2026,www.tudchentil.org/spip.php?article1763.
A Monseigneur
Monseigneur Le Bret intendant de la province de Bretagne
Escuyer François Huon, chevallier de Ꝃmedan, a l’honneur de vous exposer, Monseigneur, qu’après quatorze ans de service pendant les dernières gueres il eut le malheur d’essuyer une reforme dans l’infanterie où il servit pendant huit ans continuels en qualité de lieutenant, passant après cela au service sur mer dans les corsaires où il fut six ans ; il eut encore le désavantage d’être fait prisonnier de guerre en Angleterre où il a esté détenu pendant trois ans ; la paix étant faite il revint chez luy où il ne trouva qu’un faible reste de sa mince fortune de cadet noble ; informé que du chef de madame sa mère cadette de la maison de Guinguené il avoit quelques biens à espérer, il fit des poursuites et obtint même des condamnations ; malheureusement il trouva pour partie le sieur chevallier de Ꝃally qui profitant de la supériorité de sa fortune et de ses protections le traduisit au parlement de cette province où l’affaire est pendente et indécise depuis environ deux ans ; le supliant épuisé et hors d’état de fournir aux frais considérables pour obtenir un jugement, fut contraint de solliciter un employ de piqueur sur les grands chemins ; il l’obtint il y a un an et s’en est, il l’oze dire, bien acquitté ; après la cessation des travaux il s’est rendu à la suitte de la Cour pour solliciter le jugement de son affaire contre le sieur chevallier de Ꝃally, mais il voit avec [folio 1v] chagrin qu’il ne peut espérer de jugement au plutôt que sur la fin du parlement prochain, ce qui l’oblige d’avoir recours à votre protection et à votre autorité, Monseigneur, pour obtenir un employ qui luy procure une honneste subsistence.
On vat travailler au rétablissement des chemins et routes qui conduisent de Guingam à Tréguer par Pontrieux et de Tréguer à Morlaix par Lannion. Le supliant vous demande, Monseigneur, le poste de réviseur sur les travailleurs qui seront occupés sur ces routes ; si cet employ n’est pas beaucoup plus lucratif que celuy de simple piqueur il est plus convenable et plus gracieux. Le supliant en état de remplir le poste qu’il prend la liberté de vous demander et d’exiger de votre générosité, oze se flatter que vous aurés la bonté de les luy accorder soit sur les routes susdites ou autres qu’il vous plaira luy désigner et il redoublera ses voeux pour votre santé et prospérité et celles de votre illustre famille.

[Signé] Le chevallier de Ꝃmedan Huon
Monsieur le chevalier de Kermedan gentilhomme de très ancienne maison de Bretagne n’ayant pour subsister qu’un simple emploi de piqueur sur les grands chemins qui ne luy suffit pas désirerait avoir un emploi de réviseur.
Monsieur le marquis de Rougé qui prend un intérêt très vif à ce qui le regarde a l’honneur de prier monsieur Le Bret de vouloir bien luy accorder ledit employ de réviseur qu’il demande et qu’il est en état de servir quoiqu’en disent quelques personnes mal intentionnées qui prétendent qu’il a la vue mauvaise ; il est vrai qu’il en a été incommodé mais il assure qu’il voit très clair à présent.
A Morlaix, le 29 juillet 1754.
[Signé] Rougé
Après quelques recherches, je pense avoir identifié ce chevalier de Kermédan.
Il s’agit de Jean-François Huon, écuyer, né à Plestin le 23 juin 1708 au manoir de Kermabusson, fils d’écuyer Vincent Huon et de dame Françoise Guinguené, sieur et dame de Kermédan et Kermabusson. Jean-François Huon ne se maria pas. Il décéda à Plestin le 5 mai 1758 soit quatre ans après avoir sollicité ce poste.
« Ecuyer Jean-François Huon, chevalier de Kermédan, âgé d’environ 50 ans passés dans le célibat… » Ce Jean-François avait certes un frère François, plus jeune, marié en 1744 à une demoiselle Pichodou. Je ne pense pas que ce soit notre suppliant.
Si le marquis Pierre-François de Rougé s’est intéressé à son sort, c’est parce que la marquise de Rougé était née Julie de Coëtmen et que la grand-mère de Jean-François Huon était également une Coëtmen (Marie-Sainte de Coêtmen avait épousé René Huon, père de Vincent).
La terre de Kermédan se trouve dans la commune de Callac (autrefois paroisse de Botmel). Une élégante maison bâtie au XIXe siècle y a remplacé l’ancien manoir des Huon.
Cette famille Huon porte : d’argent à trois chevrons de gueules, à une fasce d’azur brochante.
