Tudchentil

Les sources sur les gentilshommes bretons

Le château de Suscinio, une des résidence des ducs de Bretagne (XIII-XVe siècle).
Photo A. de la Pinsonnais (2009).

1342 : Jeanne de Flandre, héroïne d’Hennebont

Dimanche 17 mai 2009, par Frédéric Morvan.

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Le Télégramme de Brest, dimanche 9 décembre 2001.

Citer cet article

Frédéric Morvan, 1342 : Jeanne de Flandre, héroïne d’Hennebont, 2009, en ligne sur Tudchentil.org, consulté le 18 septembre 2017,
www.tudchentil.org/spip.php?article564.

Cet article est la propriété exclusive de son auteur.

Jeanne de Flandre joue un rôle capital dans les débuts de la guerre de succession de Bretagne en tant que championne de la cause de son époux Jean de Montfort, prétendant à la couronne ducale, retenu prisonnier à la Tour du Louvre par le roi de France, Philippe VI. Célébrée comme énergique, courageuse, héroïque, au dévouement inébranlable, elle obtient le surnom de Jeanne La Flamme lors de le défense d’Hennebont.

Une riche héritière

Jeanne est la fille de Louis de Flandre (mort en 1322) et de Jeanne de Rethel. Son frère est le très riche comte de Flandre, de Nevers et de Rethel. En 1329, elle épouse Jean de Bretagne, comte de Montfort-L’Amaury (près de Paris) par sa mère Yolande de Dreux, seigneur de Guérande par son père Arthur II, duc de Bretagne (mort en 1312). Sa fortune pouvait lui permettre de prétendre à une meilleure alliance car, pendant longtemps, elle est la seule héritière de son frère. Déjà trop puissante pour le roi de France, la maison de Flandre ne devait pas tomber dans les mains d’un trop important prince. Jean de Montfort convient donc parfaitement. Il n’est qu’un cadet, loin du trône de Bretagne car il a deux frères aînés. Il est quasi certain qu’il ne pourra jamais allier les couronnes de Bretagne et de Flandre.

Duchesse de Bretagne

A la mort du duc de Bretagne, Jean III, le 30 avril 1341, Jean de Montfort crée la surprise en revendiquant le trône de Bretagne. Il s’oppose à sa nièce Jeanne de Penthièvre, fille de Guy de Bretagne, et épouse de Charles de Blois, neveu du roi de France. Le roi doit choisir entre un parent et un fidèle de la Couronne. Mais, il ne peut permettre que la Flandre et la Bretagne soient dans les mêmes mains. Il donne sa préférence, par l’arrêt de Conflans, le 7 septembre 1341, à Charles de Blois. Déjà, Jean de Montfort et son épouse ont quitté Paris pour Nantes afin de mobiliser la Bretagne. L’armée française est levée et assiège Nantes. Jean de Montfort se rend contre la liberté de pouvoir se défendre à Paris. Dès son arrivée, fin décembre, il est jeté en prison. A Rennes, Jeanne donne naissance à un fils, Jean. Elle décide de continuer la lutte et montre son fils à ses fidèles. Elle quitte Rennes pour Hennebont où elle décide de passer l’hiver. Elle confie le trésor ducal à Tanguy du Chastel à Brest et appelle à l’aide le roi d’Angleterre, Edouard III, qui lui promet troupes et argent.

Pendant ce temps, le roi de France négocie. En février 1342, Jeanne de Flandre accepte contre une trêve la révision de l’arrêt de Conflans et la libération de son mari. Mais, Jean de Montfort est maintenu en prison car il refuse de renoncer à ses biens bretons. Les Anglais débarquent à Brest entre au début de l’été 1342.

La « virago » d’Hennebont

Le roi de France envoie une forte armée en Bretagne. Le 20 mai 1342, Rennes est prise. Le 28, Charles de Blois est devant Hennebont. Les premiers assauts échouent. Dès les débuts du siège, Jeanne anime la résistance, encourage ses hommes, exhorte la population à briser les pavements des rues pour les porter aux créneaux pour les lancer sur les assaillants. Le 6 juin, elle opère une sortie avec 300 cavaliers et parvient à incendier le campement ennemi. Elle prend la direction d’Auray où elle s’enferme, poursuivi par Louis d’Espagne, lieutenant de Charles de Blois. Une semaine plus tard, elle revient à Hennebont avec 800 à 900 hommes. Par ruse, elle déjoue la surveillance de ses ennemis et entre dans Hennebont, en liesse. Mais, hélas, ce récit est sujet à caution. En fait, on a aucune preuve de ses agissements.

Charles de Blois décide d’ouvrir un nouveau siège. Il part vers Auray tandis que Louis d’Espagne reste en face d’Hennebont. Vers la fin juin, Louis d’Espagne fait venir des engins de siège de Rennes. Malgré les encouragements, la résistance d’Hennebont s’essouffle. Jeanne de Flandre obtient de la population un délais de cinq jours pour recevoir de l’aide. Sinon, elle autorise la ville à se rendre. Au bout de trois jours, une flotte anglaise remonte le Blavet et accoste. Les Anglais et les montfortistes d’Hennebont sortent en masse et détruisent les machines. Avec ses 2000 hommes, Louis d’Espagne contre-attaque mais en vain. Il quitte alors Hennebont pour rejoindre Charles de Blois qui parvient à prendre Auray.

La Trêve de Malestroit

Charles de Blois possède alors toute la Bretagne, sauf Hennebont et Brest. Il décide d’en finir avec Jeanne de Flandre et, en octobre 1342, assiège de nouveau Hennebont. Jeanne est une nouvelle fois sauvée par l’intervention anglaise. Le 30 octobre, le roi d’Angleterre débarque à Brest avec 16 000 hommes et reprend de nombreuses cités bretonnes. Le roi de France, Philippe VI doit intervenir en personne. Les envoyés du pape réussissent à faire signer aux deux rois la trêve de Malestroit le 19 janvier 1343, prévue jusqu’au 29 septembre. Jean de Montfort doit être remis en liberté. Philippe VI retourne à Paris. Le 4 mars 1343, Edouard III est à Londres. Il a ramené avec lui Jeanne et ses enfants, qui résident à Exeter. Démunie d’argent, ayant laissé son trésor à Brest, elle reçoit des prêts d’Edouard III. Puis, elle demeure à Londres d’avril à décembre 1343. En l’absence de Jeanne, Edouard III gouverne la Bretagne.

Le 1er septembre 1343, Jean de Montfort est libéré mais il ne peut quitter le royaume de France. Ses amis sont arrêtés et décapités, sans procès, à partir de l’été 1343. Son parti se fissure. En septembre 1344, des montfortistes partent à Londres pour demander des secours. Le roi d’Angleterre leur promet son aide, mais surtout, ils découvrent que Jeanne a sombré dans la folie. Folie réelle ou folie politique ? Edouard III avait déjà écarté son encombrante mère, Isabelle de France, en la déclarant, elle-aussi, folle. Il a pu faire de même avec Jeanne, autre femme de caractère. Il est possible aussi que Jeanne, isolée avec ses enfants, ses amis persécutés, sans nouvelles de son époux, ait sombré dans la dépression.

Exilée en Angleterre

Tandis que son fils, Jean, est élevé à Londres, Jeanne doit s’établir, par ordre royal, en novembre 1344, dans un château au Nord de l’Angleterre. Jean de Montfort, bien que libre depuis un an, ne peut rien faire, à part constater l’effondrement de son parti en janvier 1345. Le 27 mars, malgré l’intervention du pape, il est remis en prison. Il réussit à s’enfuir en Angleterre déguisé en marchand. Il y obtient l’aide d’Edouard III. On ne sait pas s’il rencontre son épouse. En juin, il débarque à Brest, après quelques escarmouches avec les troupes de Charles de Blois, il meurt le 16 septembre à Hennebont des suites de ses blessures. Son testament donne plein pouvoir à Edouard III sur la Bretagne.

Jeanne n’est plus attestée que lors des relèves de ses gardiens. Elle change de lieu de résidence. En 1360, elle reçoit la visite de son fils, alors majeur. Elle est mentionnée pour la dernière fois le 14 février 1374, puis elle disparaît. Son fils, alors duc de Bretagne sous le nom de Jean IV, fait rapatrier dans le couvent des Dominicains de Quimperlé les restes de son père et peut-être de sa mère, car, en 1880, les fouilles mettent à jour les restes de Jean de Montfort et d’une femme. Théodore Hersart de La Villemarqué fait déposer les ossements dans un oratoire, qui sont transférés un siècle plus tard, en 1982, dans l’abbatiale de Sainte Croix de Quimperlé.